GO à Assouindé – Hiver 1974/75

1974/75 – Assouindé 

Récit de Didier Jung. 

Chef de village : Alexandre Gendre

 

Pour une fois un peu d’intersaison pour me reposer de mes aventures turques, toujours saisonnier, le Club me propose le poste de gestionnaire à Assouindé en Côte d’Ivoire. J’ai vu Assinie dans le Trident, mais pas Assouindé ? On m’explique que le gouvernement ivoirien, par l’intermédiaire de la SIETHO, possède deux villages, Assinie qui est géré par le Club, et Assouindé qui est géré par les Ivoiriens avec des GO détachés par le Club. Un chef de village, les chefs de service, et une quinzaine de GO accompagnent des GO ivoiriens pour faire fonctionner sous la forme de village-hôtel ce complexe copié sur le Club.

Direction Abidjan, cette nouvelle expérience me plait, il y a du ski nautique (enfin !) et je commence à prendre la Nivaquine…A l’arrivée à l’aéroport, au contrôle des passeports, on garde mon billet d’avion où le retour est open, j’aurai le plus grand mal à le récupérer par la suite. Environ 80 KM à parcourir depuis Abidjan pour rejoindre le village, la route, ou plutôt la piste, est en latérite, bonjour la poussière ! Les deux villages, Assinie et Assouindé, sont situés sur une bande de terre étroite entre mer et lagune, la végétation tropicale est magnifique.

Le chef de village, Alexandre Gendre, et son équipe GO vont devoir affronter durant cette saison de nombreux problèmes dus à la complexité des rapports entre la Sietho et le Club. Nous n’aurons pas, pour nous aider, la puissante « machine » du Club, mais une société d’état qui a peu de moyen, le budget est très serré, le compte en banque est en rouge !

Je vais passer tout l’hiver à courir après l’argent pour payer les fournisseurs, Alexandre va courir tout l’hiver pour essayer de remplir le village ! La Sietho a conclu des contrats avec des Tours opérateurs – la plupart italiens – en donnant des allotements pour remplir ce village de 600 lits. Nous ne sommes pas seulement détachés du Club pour gérer et animer ce village, mais aussi pour le remplir, ça c’est nouveau pour moi et pour Alexandre, qui va, par des allers-retours incessants vers Abidjan, essayer de trouver des solutions. Le village est peu rempli en semaine mais heureusement les nombreux expatriés qui vivent à Abidjan, débarquent le week-end et nous apportent un peu de tranquillité financière.

Le village est très beau, tout en bois, une plage magnifique, une mer très dangereuse demandant une surveillance attentive et provocant des sauvetages quotidiens et une lagune à l’eau brune, peu engageante, remplie de crocodiles et de varans, dans laquelle se pratique le ski nautique. Enfin j’ai retrouvé mon sport préféré, je peux même piloter le bateau, et à la grande joie des GO, emmener les clients (on ne dit pas GM mais c’est tout comme), près d’un ilot au milieu duquel paressent quelques crocodiles ! Ce n’est pas dangereux, les crocodiles ont peur des bateaux, mais l’effet est garanti et on s’amuse comme des gamins !

Autre attraction avec effet garanti, la chasse aux bébés crocodiles…Nous partons en bateau sur la lagune vers minuit (il faut une nuit sans lune), avec seulement des lampes torches. Les yeux des crocos brillent la nuit quand on braque une lampe torche sur eux, le guide nous expliquant que l’écart entre les deux yeux indique la taille de l’animal…L’expérience se poursuit, le guide approche le bateau de la berge, il descend dans l’eau et choppe un bébé croco en l’attrapant derrière la tête et hop dans un sac…Et moi : « la maman croco ne doit pas être loin ? » Cette nuit-là on attrapera 5 ou 6 bébés qui iront rejoindre la ferme aux crocodiles située à mi-chemin des 2 villages. Je resterai sagement assis dans le bateau, impressionné par tous ces yeux qui brillent dans la nuit !

L’équipe GO était très soudée, peut-être parce que nous étions peu nombreux, les « expatriés » s’intégrant aux GO ivoiriens, et surtout grâce à Alexandre qui gérait très bien les susceptibilités de nos hôtes. Gérard, l’économe, passait me voir tous les lundis matins me demandant quelle était la recette du week-end et si j’allais pouvoir payer ses fournisseurs ? Après je partais pour Abidjan déposer la recette à la banque (pas de carte de crédit à l’époque), ce qui allait nous permettre de tenir la semaine ! La situation financière s’aggravait et un jour on nous a même coupé l’électricité !

La fin d’année approche et on fait le point des réservations des agences de voyage. A partir des fameux allotements attribués en Italie, on arrive à un total d’environ 800 touristes qui vont débarquer pour Noël et le jour de l’an…En matière de surbooking on a rarement fait mieux ! L’alerte rouge est déclenchée, le plan vert appliqué et les GO vont rire jaune (pas de gilets mais des boubous !). Après avoir réussi à loger près de 600 personnes, y compris dans les chambres GO, il faut bloquer à Abidjan les derniers arrivés…Vous imaginez la joie des italiens qui au lieu d’Assouindé vont passer une semaine dans un hôtel en centre-ville ! Certains réussissent à passer quand même et se pointent au débarcadère du village avec Marie-Christine, la GO trafic. On ne les laisse pas débarquer, ils doivent repartir sur Abidjan, émeute, cris de colère, ils prennent la GO en otage…Il faut sauver le soldat Marie-Christine, je fonce sur le bateau et la sort des griffes italiennes. Le bateau repart et nos pauvres touristes aussi, les correspondants des agences italiennes ont dû bien s’amuser après.

Nous avions peu de relations avec Assinie malgré les quelques Kilomètres qui nous séparaient, sauf moi avec leur gestionnaire (Nicolas), avec lequel j’allais à la même banque tous les lundis. Nous faisions la route ensemble, avec au Km 40 l’éternel barrage des policiers locaux. Il fallait penser à toujours mettre dans son permis de conduire un petit billet de banque, sinon adieu le permis…Et pareil au retour ! Un jour Nicolas vient me voir bien embêté, sa compagne, Solveig, chef hôtesse à Assinie, s’est faite virer par le Chef de village ! Solidarité entre gestionnaires et grâce à la gentillesse d’Alexandre, Solveig finira la saison au pair à Assouindé ! Et Nicolas viendra dormir chez nous…Il n’y a vraiment qu’au Club qu’on vit des histoires pareilles…

Pour consoler Marie-Christine de ses aventures italiennes, j’appelle un expatrié d’origine libanaise qui vient nous voir régulièrement le week-end. Il pilote un petit avion et va nous emmener, Marie-Christine et moi, survoler les éléphants au-dessus de la réserve de Bouna qui s’appelle maintenant le Parc National de la Comoé. Souvenir inoubliable, les mastodontes sont au rendez-vous !
Nous avons la visite du Premier Ministre Français, Pierre Messmer, en visite officielle en Côte d’Ivoire. L’hélicoptère atterrit sur la plage, Alexandre l’accueille avec son beau boubou traditionnel et moi en slip de bain…Les bronzés ne sont pas loin !

J’admire Alexandre qui navigue à vue dans ce village où tout se passe à l’Africaine, pour le Club c’est tout juste si l’on existe. Pourtant tout se déroule comme dans un village du Club, présentation GO, défilé de mode, buffets au restaurant, sports à gogo…Seule l’animation le soir est un peu le parent pauvre…Justement Alexandre apprend que Miriam Makeba, grande chanteuse noire sud-africaine, est à Abidjan. Je ne sais plus comment il s’est débrouillé, mais Miriam Makeba vient à Assouindé, donne un concert (payant) au milieu du village et donc fait le « buzz » dans tout le pays !

Ainsi passe l’hiver, je prends toujours ma Nivaquine, je ne le sais pas encore mais j’ai choppé le Palu, heureusement atténué. Le téléphone sonne dans mon bureau, Freddy Allemand à Paris me propose Marrakech pour l’été (Ouah, super) mais je dois rentrer le plus vite possible ! La Sietho à Abidjan met son véto, je dois rester et rendre mes comptes. Le village ferme, je réussis à récupérer mon billet d’avion grâce aux relations de Nicolas et je rentre à Paris sans prévenir quiconque à Abidjan ! Les ivoiriens sont furieux, Freddy rigole et me dit « t’inquiètes pas, tu repars dans 2 jours à Marrakech » !

A suivre…

P.S. Assouindé connait son heure de gloire en 1978 avec le tournage des Bronzés, la gestion du village est transférée à la Valtur, les événements politiques entraînent sa fermeture en 2005, le village est maintenant en ruine (voir photos), quel gâchis…Je pense aux ivoiriens sur place qui sont maintenant au chômage !

 

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