GO à Pontrésina – Hiver 1985/86

1985/86 – Pontresina

Récit de Vincent Michel

CDV : Jean Viviani

Après ma saison à Sveti-Marko, je ne pensais qu’à repartir et continuer mon expérience de GO. Je suis conscient d’avoir fait une bonne saison, mais je ne suis encore qu’un petit nouveau. Beaucoup moins de GO travaillent l’hiver, les places sont chères…dés lors je saisi l’opportunité qui se présente à moi lorsqu’on me propose de suivre un stage de ski à Tignes au mois de novembre pour évaluer mes capacités à devenir moniteur de ski de fond et d’y suivre une petite formation. C’est vrai j’ai un petit niveau dans ce domaine, acquis lors de mes entraînements hivernaux en Belgique, mais serait-ce suffisant face à des montagnards, skieurs confirmés ! Je suis vite rassuré, je suis loin d’être le plus nul et le stage terminé je reçois mon affectation pour
le Village de Pontrésina en Engadine, (canton des Grisons, Suisse).

L’hotel du Club, le Schloss Hotel trône majestueusement dans la vallée et se situe à quelques kms de la célèbre station huppée de Saint-Moritz. Celle de Pontresina est réputée pour la qualité de ses pistes de ski de fond, ce sont des centaines de km de pistes balisées, tracées et entretenues qui attirent d’innombrables fondeurs de tout niveau…Sur une semaine il y moyen de skier tous les jours quasiment sans passer deux fois au même endroit ! Etant donné que c’est ma fonction là-bas et que c’est l’activité « phare »du village, je vous parle d’abord des cours de ski de fond.
Parent pauvre, à époque, des sports d’hiver, l’activité attire soit une clientèle de grands sportifs, ultra spécialistes, soit une clientèle totalement opposée de réfractaires aux sensations fortes, personnes craintives, complexées et peu sportives pour qui il est impensable de dévaler les pistes de ski alpin mais qui ont quant même envie de goûter aux sports d’hiver. Les groupes forts sont attribués aux moniteurs chevronnés et diplômés tandis que les débutants reviennent naturellement aux petits nouveaux ! Néanmoins le boulot me plait, la région est magnifique et c’est un vrai plaisir de la sillonner à ski et de la faire découvrir à nos élèves, même les moins doués ! Je constate que la vie du moniteur de ski est bien plus tranquille et plus cool que celle du GO en été en pleine saison ! Des heures de liberté en fin de journée et le dimanche, nous permettent de skier entre nous, de découvrir de nouveaux coins et de nous tirer la bourre entre moniteurs ! Nous gardons nos groupes toute la semaine, ce qui revient à obtenir en général une bonne cohésion et une bonne entente , qui débouche, si on a bien travaillé, cerise sur le gâteau, tradition « ski » oblige, sur une petite enveloppe en fin de semaine !

Concernant la vie du village ou de l’hôtel plutôt, il est dirigé par un chef de village, on va dire « ancienne génération » qui dispose d’une grande aura : Jean Viviani. Malheureusement pour nous jeunes célibataires, la clientèle est en général assez âgée et peu festive ! L’avantage c’est que l’on va dormir tôt et que l’on peut se consacrer dés lors à 100% sur le sport ! L’inconvénient est que si par hasard ou par erreur, 2 ou 3 jeunes, jolies GMs débarquent, la concurrence devient rude et sans pitié !


Cette saison là, si on parle de filles, je pense que personne n’oubliera la petite monitrice de ski italienne, GO mini-club l’été précédent, irrésistible et craquante qui skiait magnifiquement bien avec grâce et élégance ; comme dans la chanson de Montand, on était tous amoureux d’elle, sauf qu’elle n’était pas la fille du facteur et qu’on était pas à bicyclette mais à ski !

Je partage la chambre avec Pompon, probablement le seul moniteur de ski de fond breton, encore plus « anachronique » que moi au milieu des montagnards ! Il est comique et sympa ! Je me lie d’amitié également avec Jacques le Maître-nageur qui s’ennuie comme un rat mort dans sa petite piscine et avec qui quelque fois on me confond ; on a un peu le même look. Je suis très souvent fourré au Planning, la responsable Nora devient une grande amie ; je sais pas pourquoi, cela se vérifiera par la suite, mes grandes amies dans le village sont souvent au planning ! Je vous rassure tout de suite, c’est de façon complètement désintéressée, même s’il toujours avantageux d’avoir de bonne relation au planning ! Nora est venue avec sa voiture au village et on en profite quelques fois pour aller se balader à St-Moritz, je me souviens notamment des fameuses courses de Ski-joëring sur le lac gelé (je crois que j’ai jamais eu aussi froid de ma vie), ainsi qu’un virée ou l’autre au night-club du club Saint-Moritz Roi Soleil, où la vie nocturne était bien plus intense !

Le personnel de service est entièrement yougoslave, je sympathise naturellement avec une ou l’autre petite femme de chambre. Au rayon anecdote, nous fûmes invités une fois ou l’autre dans la cantine du personnel, pour la projection vidéo de films de boules en version serbe ou croate (je me souviens plus) : grosse partie de rigolade ! 

Abordons maintenant l’animation et les spectacles, je découvre une « grande »régisseuse du Club, qui jouit d’une belle réputation, ce seront des spectacles dans la grande tradition du Club : strass, plumes et paillettes ! Marie-jo est la femme du chef et mène les répétitions à la baguette avec un caractère bien trempé ! Son partenaire attitré et « premier danseur » s’appelle David et gère l’animation. Je suis néanmoins subjugué, je suis de tous les spectacles et de toutes les chorégraphies, je commence à grappiller mes galons de danseur ! Les costumes sont magnifiques, les chorégraphies très élaborées, les décors somptueux, les filles sont sexy, et on a son petit string sur mesure, cousu main par la costumière… Je reprends grâce à mes qualité de gymnaste, avec Pompon un petit classique du Club, la poupée désarticulées qui sort de la malle.
Je constate qu’à quelques exceptions près les moniteurs de ski s’intègrent peu aux spectacles, si ce n’est quelques rôles secondaires de « hallebardiers » au 3 ème rang si vraiment ils sont obligés… je dis à quelques exceptions près car un véritable personnage mobilise la scène, le regretté Alain Petit, aussi attachant qu’irrésistible en cabaret ! Je suis fier de faire partie de ces spectacles et de pouvoir contribuer au succès qu’ils obtiennent auprès des GMs.

Font partie de l’équipe, des très belles personnes, que je retrouverai lors d’une saison ultérieure, Sylvia Trouvé-Ciccione et Alain Trouvé. On a du temps libre et pour l’occuper le club nous propose, pour les volontaires des cours d’anglais, en nous faisant miroiter de possibles affectations vers la zone américaine ! Notre professeur est un GO allemand complètement farfelu, on s’amuse bien tout en apprenant ; cependant l’expérience n’ira pas à son terme, notre professeur fut remballé pour consommation de substances illicites….


Voilà qu’arrive le point culminant de la saison : le mythique marathon de l’Engadine ! 13000 participants, départ sur les lacs de Maloya, passage à Saint-Moritz, remontée et descente vers Pontresina et enfin arrivée à S-Chanf, 42 km de ski de fond ; ça va être l’occasion d’établir une hiérarchie entre les moniteurs ! Bien que je sache pertinemment bien qu’ il sera impossible de concurrencer les Vosgiens, ils sont nés sur des skis et outre leur condition physique irréprochable, ce sont des techniciens hors pair capables de descendre une piste noire en godille sur leurs skis de fond !
Les semaines qui précèdent, on parle marathon, on mange marathon, on vit marathon… L’entrainement s’intensifie, on a l’occasion de participer à quelques petites courses nocturnes dans le village de Pontrésina. Le Marathon, on y participe tous ainsi que pas mal de GM venus spécialement pour l’occasion.

Dossard n°11041, le jour J est arrivé et je m’élance en compagnie de milliers de participants sur le lac gelé ; néophyte je ne suis pas sur la première ligne au départ, mais petit à petit je remonte les concurrents et termine la course en pleine poussée des bâtons, la performance est honorable pour un petit belge, je suis content, l’expérience est inoubliable !


Aux chapitres des autres souvenirs impérissables, je citerai cette fameuse soirée luge entre moniteurs dans une vallée voisine, je serai incapable d’en resituer précisément l’endroit : on prenait le train, en ayant embarqué les luges jusqu’au sommet, c’était ensuite le grand « dévalage » nocturne sur une route fermée à la circulation, une course effrénée où tous les coups était permis pendant une dizaine de kms de descente! C’était semble-t-il une tradition !!!
Autre tradition, le repas moniteur de fin de saison ! Je ne me souviens plus du menu, juste nous sommes partis à ski vers un petit restaurant en pleine cambrouse, repas bien arrosé, chansons paillardes… mais le plus folklorique fut le retour, toujours à ski…je me souviens que cela tombait comme des mouches sur le trajet, combien de personnes a-t-on relevé et sorti des fossés ! Folie pure, on dévalait, de nuit les petites routes sur nos ski jusqu’à rejoindre le Schloss Hotel ! 

La saison touche à sa fin et j’ai hâte de retrouver le soleil ! …

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