GO à Sveti Marko – Eté 1985

1985 – Sveti Marko

Récit de Vincent Michel

CDV : Thierry Piekar

 

On me demande souvent: pour quoi tu ne racontes jamais ta vie au Club Med,… j’ai toujours pensé ce sont des souvenirs personnels qui n’intéressent personne! Récemment sur un groupe, les récits d’un ancien GO m’interpellent et réactivent mes souvenirs, c’est pourquoi finalement je me décide à faire un petit récit documenté de mes photos personnelles. Ce sera du moins un premier épisode…

Sveti Marko 85, 1ère saison Moniteur Kayak, CDV : Thierry Piekar, CDS : Jean-Pierre Franquin

Les vacances passées en famille au Club Méditerranée depuis ma plus tendre enfance, ont façonné mon désir de devenir, ne fut-ce qu’une saison, GO moi-aussi. Mon diplôme de Professeur d’éducation physique en poche, mon service militaire terminé, pas encore d’emploi fixe, mon envie de voyager et de quitter le pays prend le dessus.
Lettre de motivation envoyée au service recrutement, je postule à différentes fonctions sportives (eh oui à cette époque que pouvais-je faire d’autre !!!), je suis convoqué le 12/04 pour un entretien au bureau du Club à Anvers (c’est là que s’effectuait le recrutement en Belgique). Je m’y rends un peu angoissé bien sûr, mais tout se déroule apparemment bien, les compétences sportives je les ai et je parviens à démontrer de bonnes connaissances linguistiques, anglais et surtout allemand…
La réponse est rapide, un courrier du 17/04 annonce que ma candidature est retenue et que je dois me tenir disponible à partir de la mi-mai, sans encore me préciser de destination…Je suis heureux comme tout, mais il va falloir patienter encore un peu…

Le 02/05 la confirmation arrive : je serai GO kayak à Sveti Marko, (ex Yougoslavie-Montenegro) départ le 20/05 ! RDV aéroport d’Orly, on fait connaissance avec les quelques Gos qui feront le voyage avec moi, je n’ai plus trop souvenir de ce voyage, sinon qu’il fut vraisemblablement assez long avec une arrivée nocturne dans un village pas encore en activité ; on aura 2,3 jours pour finir la mise en place.

Je ne suis pas surpris lorsque je découvre le confort spartiate de ma case, je savais à quoi m’attendre, dans mon enfance j’avais fréquenté les villages de Donoratico et Pakostane notamment ; je suis même ravi de pouvoir vivre comme un Robinson sur une île pendant 4 mois ! Et pour ceux qui ne connaissent pas, Sveti Marko c’était vraiment ça : une île isolée du monde, avec que le Club dessus !.

Sur la saison ce sera quelques lettres échangées avec la famille et quelques connaissances, un ou deux coups de téléphone aux parents et c’est tout !!! Pas de radio, pas de télévision, même pas de journaux, la déconnexion totale, on aurait du mal à imaginer cela de nos jours ! Et pourtant on l’a merveilleusement vécu ! On m’attribue une case à 10 m au-dessus de mes kayaks, que demander de plus… Si la plupart du temps j’ai pu rester seul dans ma case, je me souviens vaguement d’une période ou l’autre de surbook où l’on devait se resserrer à 2, voire 3 par case…

Concernant l’activité kayak, pas grand-chose à en dire : de la petite initiation, de la permanence pour distribuer le matériel, des balades, des jeux, des petites démonstrations d’esquimautage…et deux ou trois fois sur la saison organisation d’un bivouac avec les ados sur une plage lointaine… J’en profite pour saluer une associée, une collègue devenue complice, qui était venue en renfort en haute saison : Gerlinde, Go allemande comme son nom l’indique !

Le boulot et la vie de GO me plait énormément, je me rends compte rapidement que si je veux continuer d’autres saisons au Club, il va falloir participer beaucoup à la vie du village, être présent partout, montrer de la polyvalence et de l’enthousiasme. Dés lors je suis dans tous les coups : arrivée-départ, valises, jeux de midi, suivi de la classical gym, coup de main au Sport-terrestre, enlever les oursins du terrain de water-polo, animation, spectacles… J’apprends mon métier de GO, en temps que 1 ère saison je ne joue pas encore de rôle majeur dans les spectacles, je suis intégré naturellement dans les ballets chorégraphiés par la régisseuse canadienne Claire, cela me plait énormément.
Pour le reste des spectacles, genre cabaret, tiercé Play-back, etc…je suis encore spectateur, j’apprends beaucoup en observant sur scène les « personnages du village » dans les grands sketchs du Club ! 

Dans l’équipe des sports, je trouve ma place également. J’ai une grande admiration pour le chef des sports de l’époque, un multi-talent simple et sensible qui ne tardera pas d’ailleurs à passer chef de village, Jean-Pierre Franquin.

Comme toujours au Club (une force du Club aussi à ce moment là), c’est qu’on est amené à être ou devenir polyvalent ; je me retrouve souvent à donner un coup de main aux sports-terrestres, un remplacement par ci, par là me donne l’occasion de donner mes premiers cours d’aérobic et de gymnastique aquatique (eh oui cela date de là…). Ce que j’aime par dessus tout aussi à ce moment là, c’est de pouvoir tâter à d’autres activités sportives que je n’avais pas souvent l’opportunité de pratiquer. Avant l’ouverture des pontons, la gentillesse et la disponibilité des GOs ski nautique nous permettaient de faire 1 ou deux tours et de profiter du plan d’eau miroir du matin !
J’apprends à sortir en monoski, à passer mes premières bouées de slalom et à sortir avec les drapeaux pour les arrivées-départs. Mais plus souvent aux heures creuses ou sur le temps de midi je me retrouve à la planche à voile à guetter le moindre coup de vent, malheureusement pour moi, assez rare à Sveti… (Je me rattraperai plus tard, dans d’autres villages).

Au chapitre sportif, il faut savoir que le chef de Village, Thierry Piekar, est (entre-autre) un grand fan de Volley-ball et ne manque jamais l’occasion de participer ou d’organiser le traditionnel match GO-GM qui en général tenait plus du folklore que du sport à proprement parler, mais qui réunissait une grand partie du village ! Encore une fois je suis de la partie, vu mes antécédents sportifs, au côté de Thierry, Jean-Pierre, Didier (ski nautique) et le fameux Haluk (GO Pique-nique qui parlait couramment 7 langues mais dont on ne comprenait aucune…) Pour l’anecdote le CDV était mauvais perdant et ne supportait pas perdre, d’où l’énorme pression sur nos épaules et malheur à celui qui manquait une balle !!!.

La vie du village est également rythmée par les arrivées et les départs ; vu la situation géographique, le seul accès au Village se passe par la mer ; ce sont de magnifiques caïques locales qui acheminent les GMs de Tivat (le port voisin sur la côte) vers l’ile de Sveti  Marko et son grand ponton.
Selon la grande tradition du Club, toute l’équipe GO se tenait sur le ponton en paréo et formait une haie d’honneur pour accueillir ou dire au revoir aux GMs, pendant que tournaient dans la baie les bateaux de ski nautique tractant les porte-drapeaux ! La musique des arrivées-départs résonne encore dans ma tête et me jette un sacré coup de blues chaque fois que je l’entends encore, même si aujourd’hui elle parait désuète, complètement sirupeuse et vintage :  Felicitad

Je me souviens également d’un de nos jeux favoris à ce moment là : il s’agissait de monter à bord des bateaux et d’accompagner les gms le plus loin possible avant de plonger à la mer pour revenir ensuite à la nage…

Au niveau anecdote, je retiendrai les quelques rencontres avec un sympathique petit dauphin qui de temps en temps nous rendais visite dans la baie afin de jouer quelques instants avec nous pour repartir ensuite vers le large… Puis heureusement sans conséquence mais très impressionnant, l’incendie nocturne d’une case GO sur le haut de la colline, envolée en fumée en à peine quelques minutes… Il est arrivé une fois ou deux de voir sur la côte en face quelques incendies de broussailles et le ballet des canadairs amerrissant au large pour recharger leur soute et redécoller ensuite, d’où interdiction de sortir les bateaux de ski pendant l’après-midi !

Autre souvenir mémorable cette dernière soirée au village, nous sommes resté à danser sur la piste de danse de l’amphithéâtre jusqu’aux petites heures sous une pluie diluvienne (seule pluie de la saison), des ruisseaux, des petits torrents dégringolaient de la colline en dévalant les escaliers et les sentiers du village ! Bien sûr il y eu quelques aventures amoureuses, le fameux « contact GO-GM », la « satisfaction des Adhérent(e)s »,…mais cela reste du domaine du jardin secret !
Après coup, le seul regret cette saison là c’est de n’être pas une seule fois sorti du village pour visiter le pays. Je me rattraperais certaines saisons ultérieures. 

Je découvre alors aussi comment se passe la fin de saison, aussi tôt après la fermeture, le rangement est très rapide, à peine quelques heures et on quitte le village, le laissant à une équipe maintenance réduite au strict minimum. Le transit par Paris est obligatoire, en général une nuit au petit hôtel des GOs à Paris, une visite chez son responsable aux bureaux place de la Bourse pour le compte rendu de la saison et discuter de la future affectation éventuelle.
Dans ma tête c’est très clair que je veux continuer le Club et enchaîner une autre saison ; on me propose alors de faire le stage de ski à Tignes au mois de novembre pour devenir moniteur de ski de fond et intégrer un village cet hiver.
A la Bourse je vais également retirer mon chèque, la paye de sa saison ! Chèque qu’il faut alors aller encaisser à la banque voisine ! Qu’est ce que je stressais alors de voyager en train jusque chez moi avec en poche une enveloppe contenant de l‘argent liquide, une somme qui me paraissait astronomique à ce moment là : environ 100000 Francs belges de l’époque, soit l’équivalent de 2500 Euros. Il ne me restait plus qu’à attendre impatiemment le prochain départ, qu’est ce que c’était déprimant les « intersaisons » !

J’en profite pour saluer quelques GOs, rescapés de cette saison que j’ai pu retrouver sur FB : Belinda, Jean-Pierre, Thierry P, Thierry M, Vif, Claire…plus tous ceux que j’aurais oubliés…de retrouver le soleil ! …

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*