GO à Marrakech la Médina – Hiver 1971/72

1971/72 – Marrakech

Récit de Didier Jung. 

 

Episode 1 – Marrakech la mystérieuse

Hiver 71/72, j’arrive à Marrakech pour ma première vraie saison de GO. Je prends le train en marche car la saison a commencé, je viens remplacer la caissière qui a démissionné – trop de travail ! Première saison de GO et j’ai droit à Marrakech et à Pierre-Jean Laplace, deux monuments du Club à l’époque, Marrakech en est à sa 3eme saison d’existence et Pierre-Jean au summum de sa forme… La ville de Marrakech en 1971 n’a rien à voir avec celle aujourd’hui. La palmeraie n’est pas développée, seul le Club y a une annexe isolée, peu de touristes, peu d’hôtels (La Mamounia et le Es Saadi sont des exceptions) et il n’y a pas encore le développement du golf. Le village est au cœur de la ville, à deux pas de la place Jemaa-el-fna et des souks, de la Koutoubia qui crie les appels à la prière…

Marrakech m’a subjugué par sa beauté, sa noblesse et ses odeurs, un mélange de senteurs exotiques et animales (les calèches et les chevaux sont partout) et de fleurs d’orangers…Bref, j’ai un vrai coup de foudre pour cette ville.

Quelle chance de pouvoir grimper sur le toit du bâtiment principal au-dessus du restaurant et de découvrir la ville à ses pieds et l’Atlas enneigé où on peut aller skier à la petite station de l’Oukaimeden. Et à l’intérieur même du village on retrouve l’esprit de la ville, les petites ruelles, la couleur de la pierre, l’eau qui serpente au milieu, le Hammam et les chambres enchevêtrées les unes dans les autres pour gagner de la place, un coup lits en haut, un coup lits en bas…Bon c’est vrai que pas mal de GM se sont cassés la gueule en oubliant qu’ils étaient en hauteur, nous ça nous faisait rigoler ! Cet hiver-là, en surbooking permanent, j’ai dormi un peu partout, même dans un local de ménage…La joie de la vie de GO !

Marrakech était la ville préférée du Roi Hassan II, tout le monde le savait, et on devinait sa présence au Palais Royal quand l’atmosphère de la ville changeait, il se murmurait « le Roi est là », et au Club on le découvrait le soir, surtout au night-club, quand des VIP marocains venaient faire discrètement la fête et regarder de plus près les jolies filles, surtout les hôtesses ! J’ai vite compris que des consignes de vigilance avaient été passées au sein de l’équipe GO. Un soir au night-club je remarque un dignitaire marocain très entouré, qui est-ce ? Je pose la question à un autre GO, comment tu ne connais pas le général Oufkir ? On reparlera de lui plus tard…

Le village avait pour moi, jeune GO arrivé en retard, une part de mystère, c’est ce qu’on découvrira dans le prochain épisode…

 
Episode 2 – Marrakech : La Fête

Petit à petit je vais découvrir le mystère de cette ville avec son folklore si riche depuis les arrivées au village avec les gnaouas et les soirées marocaines jusqu’à la place Jemaa-el-Fna et son animation permanente. Les charmeurs de serpents, les porteurs d’eau, les conteurs d’histoires sont autant d’incontournables avant d’entrer dans les souks. Bien que très occupé (je suis seul à la caisse et un peu débordé), j’arrive à sortir du village…La sortie du village à cette époque était un défi, les guides officiels se bousculaient, qui pour vous emmener dans les souks, qui pour vous orienter sur une calèche, les gamins vous sautaient dessus pour la même raison…Il fallait en prendre un avec soi pour qu’il éloigne les autres et que vous soyez tranquilles ! J’avais mon « guide » attitré, il s’appelait Ahmed, âgé de 14 ou 15 ans, et moyennant 5 dirhams il m’a fait découvrir le souk de Marrakech comme personne et surtout permis de m’y retrouver dans ce dédale de ruelles où tout le monde se perdait ! Ahmed passait ses journées à la porte du village, et combien de fois je lui ai envoyé des GM qui ont été ravis de ses services.

Dans mes souvenirs, la fête était aussi permanente au village. Notre chef de village personnifiait la fête, recevant tous les VIP parisiens du Spectacle (on dirait maintenant les People), Jean-Marie Rivière et les stars de l’Alcazar, Régine et ses boas, Marrakech était la destination à la mode ! En plus de mon boulot de caissier, on m’avait affecté comme aide-éclairagiste pendant les spectacles, et j’étais chargé du suiveur (projecteur éclairant la vedette du spectacle). La vedette c’était Pierre-Jean, je découvrais avec lui et l’équipe GO les spectacles de l’Alcazar, les magnifiques costumes, les différents tableaux bien réglés, rien à voir avec ce que j’avais connu dans les villages de cases comme GM, j’étais ébloui !

Pierre-Jean, tout le monde l’admirait, le respectait, le craignait, il était le patron et il s’était approprié le village en recevant les GM comme des amis, dans sa propriété…La décoration des salons était son hobbie, il venait à la caisse « donne-moi 300 dirhams , Pierre-Jean signe le bon de caisse … » – il fallait parfois lui courir après – et il partait faire des achats dans les souks, et le soir il y avait un nouveau tapis devant le bar ! Plus qu’un chef de village, c’était un personnage que j’admirais pour son charisme, même s’il ne s’est jamais souvenu de mon prénom lors des présentations GO ! La fête continuait le soir, si Agadir c’était du champagne, Marrakech c’était la cuvée « grand siècle » de Laurent Perrier qui coulait à flot !

Un jour, parmi les invités séjournant au village, je remarque un jeune homme d’une trentaine d’années. Il est toujours seul et je le vois souvent sur le toit terrasse du village, un peu nostalgique. Nous ferons connaissance un soir à table, son nom ne me dit rien. Il s’agit d’Yves Navarre, écrivain débutant à l’époque, il sera Prix Goncourt en 1980 avec son livre « jardin d’acclimatation » et sera un des porte-paroles de François Mitterrand pour la cause homosexuelle. Son décès en 1994 m’attristera profondément.

La saison s’écoule très vite, les rumeurs sur la saison d’été commencent à circuler, Pierre-Jean va emmener une grande partie de l’équipe à Yasmina, son gestionnaire aussi et le jeune caissier ? Il passe prendre de l’argent – encore un bon de caisse – me fait un clin d’œil et me dit : « bien sûr tu viens à Yasmina ? ».

 

 

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