Du Roi Soleil à Agadir – 1975/76

Récit de Didier Jung. 

Cdv : Jean-Pierre Batard

Je peux choisir mon prochain village comme promis. Après toutes ces saisons au soleil, j’ai envie de neige et d’une intersaison un peu plus longue. Tous les postes sont pourvus, sauf un, Le Roi Soleil à St Moritz. Banco dis-je pour cet hôtel reconstruit après le fameux incendie de 1971. Oui me dit-on mais c’est Jean-Pierre Batard…Et alors ? Bien c’est Batard tu sais, il n’aime pas trop les gestionnaires…Direction St Moritz, un GO averti en vaut deux…Je suis prévenu !

L’hôtel a été reconstruit dans un style moderne année 70, grand, moche, fonctionnel mais sans âme. Je ne le sais pas encore, mais c’est aussi ce que pense Jean-Pierre Batard. L’équipe GO est impressionnante, beaucoup de futurs chefs de village, Bébert Vizzini, Jean-Pierre Bernardi (mon voisin de Cagnes sur mer trop tôt disparu), Dany Stabielli, Robert Hérin…Un orchestre mauricien extraordinaire (Les Blues stars) avec Gilbert Zuel…C’est Corfou à la montagne, tout est musique, tout est prêt pour faire la fête ! Les moniteurs de ski sont très nombreux et très talentueux, mais je ressens immédiatement une coupure en deux dans l’équipe GO.

Comment vais-je apprivoiser ce chef de village déjà mythique, au charisme incroyable, aux tenues improbables – la djellaba à la montagne – et qui ne pense qu’animation et musique ? Bon d’abord en faisant mon boulot et ce n’est pas de la tarte ! 600 GM qui arrivent, autant qui partent, les week-ends sont mouvementés. Ensuite en participant aux spectacles (Puce est le régisseur), j’adore ça, je suis un peu cabotin, mais Jean-Pierre apprécie. Enfin un soir en prenant une cuite monumentale, savamment orchestrée par notre chef de village, et acceptée par moi tant bien que mal ! C’est bon je suis adopté…

J’ai compris qu’il ne fallait pas enquiquiner Jean-Pierre avec les chiffres, il faut donc contourner l’obstacle et veiller au grain sur l’animation, le bar (payant à l’époque) et surveiller les facturations de l’économat dirigé par Lucien Fricheteau et Madame ! Quelques repas discrets organisés par Lulu Fricheteau à la cantine du personnel avec Jean-Pierre et quelques GO dont je faisais partie, arrosés au champagne pour accompagner le caviar, vont arrondir les angles (il y a prescription !).

Jean-Pierre s’ennuie dans la journée, il ne revit que le soir quand tout le monde est revenu du ski. Il est déçu par ce nouvel hôtel, il ne retrouve pas l’ambiance de l’ancien Roi Soleil. Il s’offre une magnifique voiture, une « de Tomaso Pantera » et nous voilà partis tous les deux en Italie pour essayer la voiture sur autoroute, lui conduisant à 250 km/h, moi serrant les fesses…Ce sont des moments qui rapprochent, je découvre l’homme au grand cœur !

En face de notre Roi Soleil, il y a la Reine Victoria, superbe village du Club qui vient d’être rénové, son chef de village, Kiki Liebert, nous invite à sa réouverture, c’est splendide ! Avec le recul des années, je me demande comment nous sommes arrivés, nous les GO, à manager ces villages à Saint-Moritz…Deux hôtels et deux équipes GO, le personnel (turc), les deux restaurants d’altitude, Corviglia et Corvatsch, l’école de ski…Je comprends mieux maintenant pourquoi je n’ai pas beaucoup skié cette saison-là ! Le soir, après les spectacles, les GO avaient pris l’habitude d’aller dans le village « d’en face » pour tâter du night-club et chercher l’âme sœur qu’ils n’avaient pas trouvée dans leur propre village ! C’était marrant de voir au night-club du Roi Soleil les GO du Victoria et vice-versa, pas sûr que les chefs de villages respectifs aient apprécié !

Et puis il y a la ville de Saint-Moritz, majestueuse au bord de son lac gelé transformé en patinoire et en piste de ski-joëring, ses Palaces, ses boutiques de luxe, son magnifique domaine skiable…Malheureusement le franc suisse ne nous rend pas le shopping très accessible !

Nous ferons une bonne saison au niveau chiffres, une mauvaise au niveau satisfaction GM, derniers à l’Oscar…Je me rends compte néanmoins aujourd’hui que nous avons vécu des moments incroyables. La saison passe très vite, Jean-Pierre Batard part pour Al-Hoceima, moi, aimant bien le champagne, j’ai envie d’aller à Agadir depuis longtemps…

De retour à la Bourse, deux bonnes nouvelles, je suis affecté à Agadir pour l’été 76 et mon passage à l’année est acté et me sera confirmé par une lettre de Serge Trigano. Au bureau gestion, la question est posée : « alors JP Batard ? », décidément ils sont traumatisés ou quoi ?

Le village d’Agadir a 10 ans d’existence, premier village en dur du Club, c’est déjà un mythe et je suis très fier en ce mois de Mai 1976 d’en prendre la gestion. Ambiance grecque avec le Chef de village, Christos Montsénigos, le chef de bar, Nicos Faitas, les corfiotes ont pris le pouvoir, je suis poursuivi…Mais quelle gentillesse !

Le village est resté « dans son jus » et il a mal vieilli, les rénovations arriveront plus tard…Je ne vais pas vous décrire des installations que vous connaissez tous, ou dont vous avez entendu parler…Pas de golf à l’époque, seulement le Ranch et ses tennis, la piscine où toute l’animation se déroule, les jeux, le sirtaki après le déjeuner, les soirées marocaines grandioses avec dîner sous les tentes caïdales, et puis et surtout le bar de Chouchou…Quel personnage ! Adoré des GO, leur rendez-vous incontournable le soir autour d’une brochette, le rendez-vous de la nuit pour beaucoup d’entre nous.

Quelle équipe GO ! Quelle équipe de bureaux…L’ambiance est formidable, nous ne sommes bien qu’ensemble. Pour nous retrouver l’après-midi, avec l’aide des sportifs, nous créons sur la plage une activité base-ball au grand étonnement des marocains qui découvrent, comme nous, ce sport ! Les présentations GO de Christos sont un grand moment, personne ne comprend rien, on est morts de rire, c’est communicatif, les GM aussi. Toute la saison sera comme cela, Christos essayant d’amadouer la langue française tout en jouant de son accent…On adore !

Beaucoup d’entre vous connaissent l’histoire des bungalows avec vue sur la mer…Les M et les E sont très recherchés par les habitués. Mousse, moutarde, mogador, etc. Le planning est fait à l’arrivée à l’aéroport derrière un comptoir Club…Le charter arrive, la passerelle approche, les GM sortent en courant vers la police et ensuite vers le comptoir Club…Premier arrivée, premier servi ! Ils veulent tous les mêmes bungalows, parfois un billet à la main (jusqu’à 500FF), derrière on veille au grain ! Ce sont les mêmes qui ont écrit au planning avant leur arrivée… C’était parfois un peu chaud, c’était Agadir.

Pour me faire plaisir on m’offre un bébé chien, une petite chienne de 2 mois qui devient la mascotte des bureaux, et que l’on surnomme Valentine. Elle passe ses journées entre mon bungalow et mon bureau, je ne peux pas la promener dans le village mais c’est un chien de berger qui grandit à vue d’œil et que je vais être obligé de donner à un barman. Trois ans plus tard je viendrai à Agadir faire un remplacement, je retrouverai Valentine qui est devenue une énorme chienne adulte et qui me fera la fête…

L’été s’écoule joyeusement quand arrive une vague de chaleur terrible, 45 à 47° pendant 10 jours, le vent chaud vient du désert, on est en plein ramadan, c’est très dur pour les GO et pour le personnel. Certains jeunes marocains qui travaillent au restaurant ou au bar sont en train de craquer, ne pouvant manger ou boire pendant la journée ! Les GO se concertent et en cachette vont les alimenter en boissons et en nourriture provenant du restaurant. Tous les soirs, au coucher du soleil, je vais partager avec l’équipe du bar la traditionnelle soupe marocaine Harira, c’est très bon et cela me permet de jauger l’ambiance chez le personnel marocain. Il y a de la tension dans ce personnel, alimentée par les syndicats, le ramadan n’arrange pas les choses…L’augmentation générale des salaires, obtenue auprès de la direction parisienne, viendra apaiser ces tensions, nous sommes passés tout près de la grève.

Les bureaux étaient agencés autour d’un grand patio (je ne sais pas si c’est toujours le cas ?), et notre grand jeu était de le décorer avec l’aide de la boutique et d’organiser un apéritif à tour de rôle à midi après la fermeture, en invitant les GM qui passaient par là. Notre économe nous fournissait gentiment les bouteilles, il ne manquait que le saucisson ! En fait tout était prétexte pour faire la fête, les 30 ans de Christos en étant un bel exemple, et tradition grecque oblige, les assiettes ont volées en éclat toute une soirée ! La fin de saison approche et j’organise un repas au port pour l’équipe des bureaux, en fait du patio, et grâce au fournisseur de poissons du village, on va s’éclater avec coquillages et crustacés (sic). Je ne sais pas encore que ce repas va me coûter très cher par la suite (prochain épisode)…

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