GO à Göreme – Eté 1974

1974 – Göreme

Récit de Didier Jung. 

Mai 1974, rentré à Paris en refusant de rester aux Boucaniers, j’ai droit à une belle engueulade et à une promotion ! Je suis affecté comme gestionnaire à Göreme en Turquie, petit village hôtel en Cappadoce, servant à accueillir les circuits de Foca et Kusadasi. Je suis ravi car je vais être enfin chef de service et diriger une équipe…sauf qu’à Göreme je serai gestionnaire, caissier, planning et même maîtresse de maison, il n’y a que 6 GO au village ! C’est surement la punition ! Mais peu importe, je vais connaître une aventure extraordinaire.

Paris – Istanbul – Kayseri – Göreme, le voyage n’est pas facile, nous sommes à 75 Km de Kayseri, la capitale de la Cappadoce, et 770 Km d’Istanbul, à l’époque le bout du monde !
Le petit hôtel du Club, le Kaya Oteli, est situé à côté de la petite ville d’Uçhisar, en face de la vallée de Göreme avec ses maisons troglodytes et ses villes souterraines. L’hôtel lui-même est creusé dans le tuf volcanique, tout l’intérieur est voûté et seules les grandes fenêtres de la façade donnent de la lumière. Etant à 1300m d’altitude, il fait un froid de canard, la piscine, non chauffée doit être à 16°, et l’intérieur de l’hôtel ne se réchauffera qu’au mois de juillet !. Mis à part ces inconvénients, le site est magnifique, tout a été préservé depuis des siècles et le tourisme connait ses premiers balbutiements. Comme d’habitude, le Club est le premier organisme qui découvre un site incroyable et qui va le faire connaitre et permettre le développement touristique.

Imaginez-vous en 1974, au milieu de nulle part, pas de télévision, pas de journaux, un téléphone préhistorique où l’attente pour avoir Istanbul peut durer quelques heures, au milieu d’une population turque qui vous regarde comme des extra-terrestres…Bien entendu on ne parle que le turc, bonjour les échanges…C’est la grande aventure et j’adore !

Je suis accueilli par le chef de village qui est arrivé avant moi, Michel Gallet, un ancien du Club, déjà, qui va me conforter, par son vécu, que j’ai choisi la bonne voie en restant au Club. Michel est un personnage connu pour ses coups de gueule, bougon et râleur, mais avec un grand cœur. Pendant quelques semaines, il va m’observer, me jauger, me tester avant de m’accorder sa totale confiance et son amitié. Autant Göreme est une promotion pour moi, autant pour ce grand chef de village c’est un « placard » et il ne s’en cache pas. Il a vécu de belles aventures, dirigé de beaux villages (il a été à l’Ile des Pins en Nouvelle-Calédonie), et il vit mal cette situation.

La mise en place avant l’ouverture s’est faite par des valises « Dugommier », celle qui m’est destinée contient toute la comptabilité Ruf et toute la paperasse administrative. Les effectifs, la caisse, la comptabilité, le personnel, tout est pour ma pomme…On ne peut pas rêver d’une meilleure formation. Nous sommes 6 GO, le chef de village, un économe, un technicien maintenance, un chef de cuisine et moi. Et Mehmet…Notre interprète, Mehmet, doit avoir environ 19 ans, il parle – très mal – le français, mais c’est notre seul lien avec le personnel et les autorités, avec le monde extérieur ! Il court toute la journée, tout le monde a besoin de lui il sait se rendre indispensable, mais il est toujours souriant et fait de son mieux pour résoudre les problèmes.

Les GM arrivent de Foca ou Kusadasi à travers un circuit d’une semaine et restent 3 jours à Göreme. Donc tous les 3 jours notre village se vide et se remplit, notre programme est établi pour ce rythme, ce n’est pas compliqué, le premier jour accueil, présentation de l’équipe (c’est vite fait) et première visite des sites, le deuxième jour visite de nouveau et le soir soirée folklorique, le troisième jour…départ ! Tout cela pour dire que pendant la journée il n’y avait personne à l’hôtel, et qu’on s’est tapé la soirée folklorique tous les 3 jours pendant 4 mois et demi. Les accompagnateurs et les GM sympas partaient au bout de 3 jours, il fallait faire vite pour nouer des relations, l’avantage quand ils étaient désagréables c’est qu’ils disparaissaient très vite ! En fait le seul lien avec nos GM étaient les repas, déjeuners et dîners, et pas de problèmes pour se partager les tables, on était trop contents d’avoir enfin des nouvelles du monde !. Les accompagnateurs revenaient toutes les 3 semaines environ et nous apportaient des journaux …mais on attend toujours le saucisson et le camembert !

Au début pour occuper nos journées, nous partions avec les groupes pour visiter ces sites magnifiques, toujours les mêmes, et au bout de quelques semaines j’aurai pu accompagner n’importe qui, je connaissais tout par cœur. L’avantage c’est que nous allions forcément dans les magasins de tapis et souvenirs divers… « Didier, qu’est-ce que tu veux ? Un tapis ? », Et je repartais avec un tapis, un échiquier en onyx, ou divers objets, comprenant que les accompagnateurs passaient à la caisse…

Nous passions parfois nos après-midis avec Michel autour de la piscine, lui refaisant le monde et me racontant ses saisons, moi écoutant, plus que jamais décidé à continuer mes aventures au Club. La piscine se réchauffait doucement, au moins 20°, je ne me souviens pas d’y avoir fait un seul plongeon ! Au début de l’été la fille de Michel Gallet, Emily, nous rejoint et va rester au pair pour s’occuper des chambres. C’est un rayon de soleil pour la petite équipe et elle va être à l’origine de l’évènement de la saison. A force de voir toutes ces charrettes avec des ânes, des mulets ou des chevaux (peu de voitures à Uçhisar), Emily demande à son père d’acheter un bébé âne…Mehmet se met en chasse, et notre bébé arrive, même pas sevré, on lui construit une cabane et on se relaie pour les biberons. On a dû certainement le payer 10 fois son prix réel mais qu’importe, il va nous occuper pendant des semaines ! Il prend pour habitude de rentrer au rez de chaussée dans le couloir des chambres et de se mettre à braire ! La tête des GM…On est mort de rire ! Cadichon, le bien nommé, sera donné à notre départ à notre gardien turc.

Fin de la saison, retour par Istanbul pour déposer la comptabilité et faire le compte-rendu de notre été. Pour la première fois un chef de village a fait son rapport devant moi, on a fait une saison formidable !

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