GO à Marrakech – Eté 1975

Été 1975- Marrakech Été 1975

Récit de Didier Jung. 

Cdv : Jean Da Canal

Après ma première saison à Marrakech en 1971 (voir ), je n’avais qu’une idée en tête, retourner dans ce village un jour… Aussi quel bonheur en ce mois de Mai 1975 d’y être affecté comme gestionnaire avec Jean Da Canal comme chef de village. Première impression, je suis chef de service, donc je vais avoir une belle chambre, ce qui va me changer des placards et des réserves où j’ai dormi pendant l’hiver 71 !. Effectivement j’hérite de la chambre « gestion », tout au bout du village à côté du hammam, superbe, j’ai la vue directement sur la Koutoubia…dont le haut-parleur est directement orienté sur ma fenêtre !. Pendant 6 mois j’aurai le muezzin 5 fois par jour et à l’aube le matin, directement dans les oreilles ! Bon c’est toujours mieux que le matelas dans la réserve boutique.

Le village pendant la saison été, sans doute à cause de la grande chaleur et de son positionnement en centre-ville, était censé recevoir uniquement les circuits des villages du Nord Maroc (Malabata, Yasmina, Smir et Al Hoceima) et des excursions d’Agadir. Donc peu de GM en séjour normal et un budget limité en sports et animation. Jean Da Canal en avait décidé autrement et il fera monter des spectacles avec les moyens du bord et fera vivre son village normalement, à la grande joie de son équipe !

Pour les sports, la palmeraie suffisait dans la journée avec une piscine (non chauffée), les tennis et le restaurant où tout le monde mangeait à midi. Pour les spectacles, l’infrastructure existait dans le prolongement de ce merveilleux bar. Ah le bar de Marrakech ! Ceux qui le connaissent ne me contrediront pas…pour moi c’était le plus beau ! Et derrière ce bar nous avions Monsieur Bibani, un régal ! Comme il y avait sans arrêt des arrivées et des départs, nous étions pratiquement tout le temps en djellabas, avec les gnaouas dans les oreilles du matin au soir.

La palmeraie était desservie par des navettes, ce qui était contraignant pour les GO, les horaires ne correspondant pas forcément à leurs obligations de travail. C’était le cas pour les bureaux qui fermaient après le départ de la dernière navette pour le déjeuner. C’est surtout pour cela que quelques GO, Jean Da Canal en tête, décidèrent d’acheter des motos, le vendeur, un français dont le magasin était dans le quartier du Gueliz, promettant de nous les reprendre en fin de saison. A part notre chef de village qui fut plus raisonnable, notre choix se porta sur une Yamaha trial 125 cm3, ce qui nous laissa envisager de sacrées virées dans l’Atlas !

Jean Da Canal était un chef de village, pour moi, exceptionnel. Très proche de ses GO, toujours souriant, il alliait une grande gentillesse et une grande fermeté dans ses décisions, aidé par sa femme, Sylvette, un sacré personnage qui s’occupa cet été là de l’animation.

En 1971 j’étais peu sorti du village, je redécouvre donc Marrakech 4 ans après, la ville a peu changé même si de nouveaux hôtels sont en construction, mais surtout le cœur de la ville a gardé ses odeurs, ses couleurs, son folklore, tout ce qui en fait le charme. Et les souks ! Lieu de perdition pour les étrangers, pour les GO qui recherchent le dépaysement et les bonnes affaires, pour moi qui à chaque fois revient les bras chargés, un samovar, une djellaba, une améthyste, un tapis, ma chambre va se transformer en souk bis ! Et puis, grâce à nos motos trials, nous partons à la découverte des pentes de l’Atlas, la montée vers le col du Tichka, l’arrivée à Ouarzazate…Je découvre enfin ce village mythique de Ouarzazate, accueilli par Allan Bahuet, le Chef de village, que je retrouve 10 ans après Svéti-Marko ! J’ai le coup de foudre pour ce petit village-hôtel, son emplacement incroyable avec la vue sur la Kasbah Aït Ben Haddou, sa petite piscine avec les hublots donnant sur le restaurant…Entre Marrakech et Ouarzazate, le Club a deux grandes réussites architecturales. Bien dommage que cela ait disparu du patrimoine Club !

Nous sommes aussi à l’époque où les étrangers et particulièrement les Français vont découvrir dans la vieille ville les fameux Riads dont beaucoup sont en ruine et qui vont devenir des résidences de charme. Il se murmure au Club que François Hubert possède un Palais, on parle à mots couverts du couple Berger-Saint Laurent, Jean Da Canal me fait découvrir « La Maison Arabe », le plus beau Riad de Marrakech à ce moment-là. La saison se passe très bien, les GM même de passage apprécient leur accueil, mais il fait chaud, très chaud, parfois 45°, et le village, bien conçu avec ses petites ruelles, apporte heureusement un peu de fraîcheur.

Pourtant un événement va venir bousculer notre fin de saison…Jean Da Canal entre un matin dans mon bureau : « Didier, je viens d’avoir Gilbert au téléphone, nous allons accueillir le séminaire du Club ! » Ouah, le ciel nous tombe sur la tête…Le village n’est pas assez grand pour loger tous les GO, l’équipe est assez restreinte pour organiser un tel rassemblement ? Peu importe, la grosse organisation du Club se met en route, les renforts vont bientôt débarquer ! Pour 3 jours de festivités, notre équipe GO va doubler de volume. Renfort aux cuisines, Chef, cuisiniers, pâtissiers, économat, au bar…Renfort à l’animation, son, éclairage, décorateur, etc. La boutique, la décoration florale, le planning, le trafic, toutes les équipes sont doublées ! Jean Da Canal se retrouve avec la fine fleur des GO, dont beaucoup viennent de la Bourse ou ont quitté leurs villages pour nous aider.

Branle-bas de combat à Marrakech (ce n’est pas un titre de polar !), il faut louer des chambres d’hôtel à l’extérieur, mobiliser tous les fournisseurs pour les cuisines, appeler tous les groupes folkloriques de la région, demander le prêt de dizaines de tapis et de tentes caïdales, le programme des 3 jours est élaboré à Paris, à nous de l’exécuter. Je demande au service gestion à la Bourse quel est le budget ? Pas de budget, pas de limites … « Tu fais bien signer les bons de caisse, tu enregistres les factures sur un compte séminaire, on verra les détails après ». Je reçois un financement bancaire spécial et les différents responsables passent au bureau, tous veulent de l’argent pour leurs achats, je fais plus de connaissances avec la grande famille du Club en 3 jours qu’en 4 ans…Formidable !

Deux grands moments de ce séminaire restent gravés dans ma mémoire. Le premier à la palmeraie, tous les GO réunis, la plupart assis par terre, Gilbert Trigano parle, c’est magique, c’est la première fois que je l’entends, je suis conquis. Le deuxième, c’est l’extraordinaire soirée marocaine au village, tapis et tentes caïdales, à l’intérieur et à l’extérieur, des dizaines de groupes folkloriques font l’accueil autour de la piscine, toute l’équipe en djellabas fière d’accueillir le « gratin » du Club. Que d’échanges, que de rencontres improbables, et je passe discrètement sur le reste…

Ce fut trop court, nous sommes tous très fatigués, mais tellement heureux d’avoir participé. Après il fallut ranger, nettoyer, pour ma part préparer le compte-rendu comptable « sois gentil de bien détailler toutes les dépenses poste par poste » m’a dit Freddy Allemand ! Nous allons passer le relais à la nouvelle équipe, je rentre à Paris rendre mes comptes, 15 pages détaillées sur le seul séminaire, « tu aurais pu faire un effort pour les détails » sera la seule remarque…Ma récompense, je peux choisir mon village pour l’hiver, mais cela c’est une autre histoire…

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